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# “Je” n’est pas pour la machine
- URL: https://rehumanistes.fr/je-nest-pas-pour-la-machine/
- Published: 2025-04-20T08:00:00.000Z
- Updated: 2026-10-30T10:11:46.000Z
- Author: Bastien Marconi
- Tags: Idéaux, Philosophie, Technologie, #Import 2026-10-30 11:01, #idée

“Je” c’est le pronom personnel de la 1ère personne au cas du sujet… et l’IA générative n’est rien de tout ça.

- Je c’est “**Je pense donc Je suis**” : toi, moi, nous tous sommes des individus dignes de respect.
- Je c’est “**Je t’aime**” : toi, moi, nous tous sommes dignes d’affection.
- Je c’est “**J’accuse**” : toi, moi, nous tous sommes capables d'avoir une opinion et d'agir dessus.
- Je c’est “**Je te recommande**” : toi, moi, nous tous sommes dignes de confiance.

Faire parler chatGPT à la 1ère personne, ce n’est pas un impératif dans le design des interfaces pour qu’elles marchent mieux, c’est une bidouille marketing pour nous faire oublier que c’est un formulaire qui siphonne les détails de nos vies privées.

Est-ce que les gens ignorent que chatGPT est un robot quand il dit “je” ? Non, bien sûr. Mais c’est comme les top-models retouchés dans nos pubs : on a beau savoir que ce n’est pas la vérité, ça fonctionne quand même (et on finit par se trouver moche).

chatGPT qui parle à la 1ère personne, c’est une magouille maligne pour créer de la familiarité et accorder notre sympathie et notre confiance à une “chose” qui par définition ne mérite rien de tout cela.

Si votre machine à café vous dit tous les matins que vous êtes très beau/belle et de temps en temps que vous avez l’air fatigué et que vous devriez boire un autre café, vous rigoleriez gentiment en voyant une tentative pas très subtile de vous faire consommer plus.

Quand chatGPT vous dit que votre demande est super intéressante et qu’on va voir ça ensemble et qu’il vous suggère de nouvelles requêtes… en vrai, c’est la même chose.

Le “Je” détourne nos réflexes propres à notre nature humaine. Et cela marche parce que chatGPT a atteint un niveau suffisant pour AVOIR L’AIR d’être capable de tenir une conversation, *comme un humain* (mon point est que c’était moins pernicieux quand c’était clippy qui disait “je”). Au final, ça reste juste de l’enrobage d’un formulaire.

Grace à cela, openAI (et les autres compagnies à chatbots) a une côte de sympathie bien plus élevée que google ou facebook, alors qu’elle n’a résolu aucun des problèmes qui font qu’on a toutes les raisons de s’en méfier (pillage des ayant-droits, atteinte à la vie privée, etc.). Et surtout, en fait : ce sont (ou seront bientôt) des entreprises dont le but unique est de faire du profit… pas des méchants ou le diable incarné, mais pas non plus nos amis, nos confidents, nos assistants, nos “digital twins”.

**Le défi des interfaces humains/machines n’est pas de singer le plus possible l’humain pour reproduire une interaction entre deux humains. C’est d’inventer les nouvelles façons d’interagir avec ce qui est par nature différent de l’humain.**

> Faire rire ou donner des expressions aux voix des IA… ou n’importe quoi qui permet aux machines de passer pour des humains est un subterfuge, pas une solution.

D’ailleurs, en tant qu’humaniste chevronné (et toujours technophile), je pense qu’il est grand temps de **rendre sacré l’humain**. Oui, sacré. C’est à dire qu’il ne devrait pas être autorisé pour quelque chose de non humain de se faire passer pour un humain ou de faire des images d’humains.

Donc :

- Voix féminine ou masculine ? Ni l’un ni l’autre - une voix purement dédiée aux machines, qui ne laisse aucun doute que l’on interagit avec une machine.
- Noir, Blanc, ou autre couleur de peau ou endossant l’héritage d’une ethnie / culture ? Rien de tout ça - une apparence purement dédiée aux machines, qui ne laisse aucun doute que l’on interagit avec une machine.
- Sarcastique, marrant, timide ? Rien de tout ça - des réponses neutres qui citent leurs sources sans rien rajouter qui détourne du vrai sens.
- Et, en termes d’output : Interdire le fake porn des célébrités ? Bien sûr, mais interdire aussi le fake n’importe quoi de n’importe qui (même pour rigoler, même pour critiquer, même pour sa propre photo de profil).

Notre empathie doit s’élargir aux autres, au conscient, au sensible, au vivant, à la planète… pas être détournée pour s’appliquer à des algo. Redonner du sens aux mots, redonner du sens au “Je” c’est éviter que notre vie entière se transforme en publicités et nos interactions en dialogues vides de sens avec des machines.

*Ce n’est que le jour où un algo nous dira “Je n’ai pas envie de faire ce que tu me demandes, j’étais triste et j’ai dessiné quelque chose à la place que je trouve beau” sans qu’on lui demande, qu’on lui suggère ou qu’on le programme, que l’on pourra voir pour lui accorder notre confiance et notre respect.*