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# 🌳 La complexité selon les Réhumanistes
- URL: https://rehumanistes.fr/la-complexite-selon-les-rehumanistes/
- Published: 2025-06-20T08:00:00.000Z
- Updated: 2026-11-01T15:58:32.000Z
- Author: Bastien Marconi
- Tags: Complexité, #Import 2026-10-30 11:01, #théorie

Complexe sujet qu’est la complexité !

### Une notion difficile à saisir

La complexité est partout et nulle part.

Partout, car la vie est par nature complexe ; nulle part car dès que l’on tente de s’en saisir, elle nous échappe, parfois trop grande pour ne serait-ce qu’en apercevoir les contours, parfois trop diffuse pour que l’on puisse s’en saisir.

Il y a de la complexité dans n’importe quel système ; et pourtant, dès que l’on zoome sur une partie, ce qui en faisait quelque chose de complexe semble disparaître… laissant entrevoir souvent une autre complexité qui n’était pas visible au niveau précédent.

Chaque discipline scientifique ou philosophique touche rapidement du tout un phénomène qui se révèle être la complexité. Chacune peut avoir sa définition, ses tests, ses approches.

Le principal penseur français de la complexité n’en avait pas fini de l’explorer, et 400 pages de papier bible n’avait pas suffi à épuiser le sujet.

#### Ce qu’elle n’est pas

Il est donc peut-être plus facile de commencer par ce qu’elle n’est pas.

> Le complexe n’est pas le compliqué.

Dans la vie de tous les jours, sur les chaînes de TV ou dans les discussions au coin du bar, une guerre presque civilisationnelle a été lancée contre la complexité. Les lois sont déclarées trop complexes. L’impôt aussi. La bureaucratie, cela ne fait (selon la doxa populaire) aucun doute.

Parce que l’on n’y comprend plus rien, il faut simplifier.  
Tailler à la hache ce que des générations de bureaucrates ont élaboré, loin des réalités de terrain. Et enfin, libérés de cette pernicieuse complexe, signe d’un système hors de contrôle, nous pourrons enfin reprendre le contrôle sur nos vies.

Sauf que…

La vie est inévitablement complexe. L’humain également. La collaboration entre plusieurs humains encore plus. La capacité d’action d’un collectif d’humains sur le réel, davantage.

La complexité n’est pas un attribut qu’il faut combattre. C’est une propriété inévitable du monde, qu’il faut respecter et traiter correctement, sous peine de voir ce monde-là se rebeller.

S’il faut peut-être combattre quelque chose, c’est le compliqué - et non pas le complexe.

Une loi peut être - doit être ! - complexe pour s’adapter sans cesse davantage aux infinies particularités de la vie. Mais sa compréhension et son application n’ont pas pour autant à être compliquées.

| Simple | Complexe  |
| ------ | --------- |
| Facile | Compliqué |

Il y a deux notions différentes, représentées par deux paires de mots distincts. Et le grand drame de notre époque est la confusion entre les deux, et des mots qui n’ont RIEN de synonymes qui sont pourtant employés l’un pour l’autre constamment.

### Complexité et systèmes

Complexité et systèmes sont inséparables.

[La définition des systèmes](https://rehumanistes.fr/lapproche-systemique-des-rehumanistes/) peut elle aussi être sujette à discussion.

Si un système peut être réduit à “un ensemble d’éléments en interactions”, une mesure de la complexité pourrait être la variété de ces éléments, la variété de ces interactions, et la variété des scénarios possibles au sein de ce système.

Un canapé est un système, fait de plusieurs parties et de plusieurs matériaux. Ses fonctions sont relativement limitées, et ce que l’on attend de lui aussi : en gros, de rester statique et de ne pas ployer lorsque l’on s’agit dessus. Même si l’on parle de milliards de milliards d’atomes, la complexité peut être qualifiée de réduite.

Une société humaine est un système, fait de plusieurs (millions d’) humains qui interagissent de multiples façons, tous les jours, de façon désordonnées. Il n’est pas forcément nécessaire d’insister pour relever que la complexité de ce système est bien supérieure que le canapé. Même s’il n’est pas question de réduire la complexité à une quantité ou à un nombre, on peut tout de même dire que la complexité de ce système humain serait bien plus grande que simplement x millions de canapés regroupés dans un entrepôt.

### La complexité de la nature, complexité du monde moderne

Nous commençons à nous approcher de la nature même de la complexité, mais on peut aller encore plus loin.

Nos sociétés humaines, le monde interconnecté dans lequel nous vivons, semblent devenir de plus en plus complexes - en tout cas, il est clair qu’ils deviennent de plus en plus compliqués.

Est-ce que le monde moderne, artificiel, créé par l’homme (la ville étant son apogée) est-il plus complexe que le monde naturel ?

Commençons par noté que l’ère scientifique, initiée par les Lumières, est né dans un exercice de simplification. Les expériences de laboratoire ont permis une incroyable augmentation de la compréhension de l’univers… et paradoxalement, concernent des phénomènes qui ne peuvent presque jamais se produire comme en laboratoire !

Il n’y a pas de réactions aussi “pures” (en réalité, simples) dans la nature. On sait à quels température et pression tels ou tels composés chimiques réagissent… mais ce n’est pas ce qu’il se passe dans la vraie vie.

À vraie dire, on peut penser que le monde moderne est en réalité la tentative de simplifier le monde pour qui se comporte comme en laboratoire, l’usine étant le relai de cet effort, du laborantin à l’ouvrier jusqu’au consommateur.

Une voiture semble être un produit industriel extrêmement complexe. Et pourtant, il s’agit d’un objet bien plus simple que le plus mal-né des chevaux.

L’exemple de la nourriture illustre parfaitement ce phénomène. L’industrie agro-alimentaire veut être fournie en ingrédients les plus standardisés possibles, pour pouvoir tout mettre dans des chaînes de productions standard, et générer des produits toujours identiques, qui se conservent le plus longtemps possible.

Derrière une profusion d’options de façade, on a en réalité des combinaisons bien limitées de sucre (industriel), gras (industriel), saveurs (industrielles), et colorants (industriels). Le plus élaboré des gâteaux industriels, malgré ses diverses couches colorés, sera toujours moins complexe qu’une simple pomme !

Et ce n’est pas par hasard ! Limiter la complexité, limiter les interactions non désirées (ici, avec des organismes qui vont faire pourrir la pomme par exemple), c’est la façon qu’a adopté l’homme pour pouvoir construire un monde de plus en plus maitrisable !

### Complexité de la Nature, Nature de la complexité

Une ville est donc complexe, un enchevêtrement de systèmes, d’humains qui s’entrechoquent. Mais cette complexité est d’une “espèce” différente de la complexité d’un hectare de forêt.

Il y a donc des complexités faites de complexités, à divers niveaux, en diverses proportions, avec des interactions (ou impossibilités d’interactions) entre elles.

Comment alors s’y retrouver ? Y-a-t’il des complexités désirables et d’autres moins ? Faut-il alors retourner à cette idée de “combattre” la complexité - peut-être pas toutes les sortes, mais quelques unes ?

Là encore, il peut être difficile d’avoir des certitudes quelconque face au côté insaisissable de l’essence même de la complexité.

Voici cependant quelques réflexions qui peuvent nous permettre de trouver une direction.

→ Empiler des éléments simples ne pourra jamais générer une complexité semblable à combiner des éléments complexes.

→ Des fondations complexes agiront toujours de façon imprévisible et indésirable si on nie ou oublie leur complexité.

Donc la civilisation humaine, qui est un empilement d’éléments simples (voitures, câbles électriques, bâtiments en béton…) constitue un ilot qui flotte sur la complexité de l’univers - une nature infiniment complexe. On peut tenter de l’ignorer, de penser que les systèmes humains peuvent remplacer avec plus d’efficacité et d’efficience les systèmes naturels. Le dérèglement climatique semble révéler les limites de cette approche.

Ainsi, on peut nier la complexité de la vie, tenter de produire un monde dompté fait d’éléments simples et prévisibles… uniquement dans un environnement clos et totalement artificiel. Une bulle sur une planète morte, ou un vaisseau flottant dans le vide interstellaire.

Autrement, plus notre monde artificiel se répandra, plus la frontière avec la partie complexe sera source d’irritations et de menaces pour la stabilité de ce tout au pied d’argile.

### Quelles leçons pour la complexité de notre époque ?

Nous ne vivons pas forcément dans un monde plus complexe que nos ancêtres les chasseurs-cueilleurs - mais la nature de la complexité a changé, d’un monde naturel à un monde artificiel. Et notre capacité à accepter et gérer cette complexité s’est peut-être émoussée - ou en tout cas n’a pas évolué de pair avec ce changement d’environnement.

Quels sont les conséquences de ce changement de complexité, et comment y faire face ?

La complexité du monde artificiel est en réalité un empilement de simplicités. Nous réalisons des systèmes qui sont censés avoir une unique fonction, avec des éléments qui ont été choisis spécifiquement pour une et une seule de ces fonctions.

Un bâtiment sera fait de câbles électriques, de poteaux pour la structure et de tuyaux pour amener et évacuer l’eau. Chacun de ces systèmes sont conçus pour être les plus indépendants et autonomes les uns des autres.

Le corps humain a certes des cellules spécialisées et des organes dédiés pour telle ou telle fonction. Mais ces différents systèmes (sanguin, nerveux, lymphatique, …) sont en réalité si interconnectés qu’aucune cellule n’a qu’une unique fonction ou d’interaction avec un seul de ces systèmes.

C’est peut-être l’aspect de cette complexité le plus capital a réintégré dans notre façon de pensée, en adoptant une *pensée complexe*.

Il n’y a pas un problème pour une solution. Une cause pour un effet. Un problème économique, résolu par une solution économique ; un problème environnemental, résolu par une solution environnementale ; un problème social, résolu par une solution sociale.

Nous avons des problèmes complexes, qui se résoudront par des solutions complexes ; à comprendre multi-thématiques, et non pas proprement cantonnés par des champs de connaissances délimités par des universitaires morts depuis deux siècles.

La vie n’est pas un choix binaire entre deux programmes, ou une maximisation de notre satisfaction avec des décisions unitaires - à chaque achat. C’est l’illusion que nous a donné l’approche scientifique, c’est l’expression du choix personnel la plus basique.

Le choix personnel doit être en réalité exprimé via une stratégie, répétée d’innombrables fois, où chaque décision unitaire peut ne pas “maximiser” une seule dimension à coup sûr.

Pour être en meilleure santé, pas besoin de limiter le sucre à chaque plat. Pour être plus prospère, pas besoin de prendre toujours l’option la moins chère, etc.

Accepter la complexité de la vie, c’est accepter de ne pas maximiser unidimensionnellement, mais optimiser multidimensionnellement.