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# L’illusion d’une vérité objective émergeant d’un algorithme
- URL: https://rehumanistes.fr/lillusion-dune-verite-objective-emergeant-dun-algorithme/
- Published: 2025-06-25T08:00:00.000Z
- Updated: 2026-10-30T10:13:04.000Z
- Author: Bastien Marconi
- Tags: Philosophie, Technologie, #Import 2026-10-30 11:01, #idée

Chaque nouvelle innovation d’importance, capable potentiellement de changer nos sociétés en profondeur, vient avec son lot de promesses démesurées et d’espoirs déçus. La vague de l’Intelligence Artificielle (IA) générative n’échappe pas à la règle. Mais derrière l’espoir de cette technologie transformatrice qui va (peut-être) nous conduire à un futur radieux, se répand l’idée dangereuse qu’une vérité objective peut émerger d’un algorithme.

L’IA générative est en train de changer radicalement notre rapport à l’information, dès à présent. Et demain, sûrement, à l’éducation, la santé, la culture. Des hordes de jeunes et de moins jeunes utilisent des chatbots comme chatGPT (OpenAI), Claude (Anthropic) ou Le Chat (Mistral) pour poser des questions à un robot qui répond diligemment à toute requête, sous la forme d’une discussion textuelle.

Contrairement à une recherche dans une bibliothèque ou même sur Google, l’utilisateur n’a pas besoin d’ouvrir plusieurs livres ou de consulter plusieurs sites internet pour se faire une opinion ou comprendre différents points de vue. L’IA générative, si l’on veut simplifier et réduire cette technologie, est fondamentalement un moteur de résumé basé sur la probabilité que des mots se trouvent plus ou moins loin les uns des autres. En fonction de la demande faite par l’utilisateur, des données qu’elle peut rassembler sur le sujet, elle génère un résumé “probable”.

L’IA générative n’est pas exempte de défauts, au-delà des limites mêmes du concept. Elle peut “halluciner”, ou inventer des faits qui ne se trouvent pas dans les données dont elle dispose. Elle peut répéter et accentuer les biais qui se trouvent dans les données d’origine. Elle peut se faire influencer par la tournure des demandes des utilisateurs.

Toutes ces limites sont connues, et sont plus ou moins adressées au fur et à mesure que la technologie mature. Certains n’ont pas attendu qu’elles aient disparu pour se débarrasser des précautions d’usage que l’on répétait lors de la sortie des premiers chatbots, à savoir de toujours vérifier manuellement toute affirmation faite par la machine.

L’industrie semble confiante dans sa capacité à régler ces problèmes (même si à ce jour rien ne semble permettre d’affirmer avec certitude que ce soit possible). Le grand public agit déjà comme si c’était le cas.

Mais ces limitations (surmontées ou non) cachent le véritable sujet.

Tout le monde semble se comporter comme si une vérité objective peut émerger, comme par magie, d’un algorithme. Si l’on en croit les promoteurs de l’IA générative, on peut / pourra bientôt disposer d’un outil auquel nous pourrons accorder notre confiance et qui expliquera et interprétera le monde pour nous, dans un langage familier, débarrassé des biais et des manipulations, défauts et dangers propres de l’humain seulement.

Passons sur les dangers évidents de faire confiance à une entreprise qui peut adapter comme elle l’entend les réponses que génère son produit.

Le véritable danger est dans la croyance qu’un algorithme, dénué d’intérêt propre et de passion, incapable par définition d’être “subjectif”, se montre plus fiable qu’un humain ou un groupe d’humains pour atteindre la vérité.

TOUT algorithme est biais. L’algorithme de notre démocratie (une voix = un vote, synthèse qui se fait au parlement, etc.) est un biais, un type de démocratie, une façon de prendre des décisions.

Faire de la probabilité d’une suite de mots une boussole pour la vérité n’est pas moins dénué de biais ou de danger qu’une approche humaine, sous prétexte qu’il s’agit d’une approche “mathématique”. Les biais ont beau être programmés et appliqués méticuleusement par la machine, ils ne représentent pas moins une conception du monde particulière. Via ce rouleau compresseur statistique qu’est l’Intelligence Artificielle générative, la vérité devient un concours de popularité gigantesque, si grand que la moyenne ne peut être que plus probablement dans le vrai.

Inconsciemment, les promesses de l’IA générative sont le pendant de notre déception de l’humain.

C’est le fantasme de l’ordinateur-confident, là où l’humain confident peut trahir et juger. On nous promet un outil mécanique pour pallier notre nature humaine. On veut faire confiance à la machine car on a renoncé à faire confiance aux autres. L’IA générative, comme par magie, est censée résoudre les problèmes créés par l’Homme. Plus de fake news, plus d’abus d’experts, plus de manipulations possibles. Une vérité objective, sans parti-pris, enfin ! grâce à cet arbitre incorruptible, impartial et dévoué.

On nous apprend à nous méfier des inconnus, à ne pas croire tout ce qu’on nous dit, à ne pas prendre pour argent comptant tout ce que l’on lit sur internet. Parce que les humains trompent et se trompent.

Il est grand temps de réaffirmer qu’une vérité objective et impartiale ne se trouvera pas davantage dans ce que nous dit l’Intelligence Artificielle, aussi sophistiquée soit-elle.