La dimension systémique, super-pouvoir Réhumaniste

La dimension systémique, super-pouvoir Réhumaniste

Comment expliquer les promesses du président Trump, leur popularité et l’argumentation qu’il y a derrière sans tomber dans la facilité de dire qu’il ment (ou qu’il est stupide) ?

Après tout, s’il y a trop d’importations, une taxe sur les importations devraient les réduire, non ? Si il y a du chômage, rapatrier des usines devrait créer des emplois, non ? Si il y a des immigrés clandestins qui volent des opportunités, les renvoyer chez eux devraient permettre plus de prospérité pour les locaux, non ?

Tout cela, d’une certaine façon, peut être vrai. Tout cela pourrait marcher, si l’on se fie au “bon sens”. Tout cela, probablement, ne marchera pas et contribuera probablement à renforcer les problèmes que chaque mesure était censée résoudre.

Comment, encore une fois, essayer de démontrer cela sans utiliser le mot “stupide” ou “simpliste” ou “manipulateur” ?

Tout peut s’expliquer par la dimension systémique.

La dimension systémique, c’est le règne des systèmes.

Et comprendre la dimension systémique, c’est comprendre que la nature des systèmes est différente de tout ce que l’on peut apercevoir du monde autour de nous. Cette dimension dispose de ses propres règles et de ses propres lois de la nature. Un groupe d’humains n’est pas juste une addition d’humains. Un réseau d’ordinateurs n’est pas juste une addition d’ordinateurs. Un écosystème n’est pas juste une collection d’êtres vivants.

Pour utiliser la dimension systémique, il est indispensable de comprendre que le point de vue individuel est limitant. Mais il est aussi capital d’adopter un point de vue… “supra-humain” pour réellement comprendre les forces en présence.

Remise en contexte de la perception de l’individu

L’humain est par nature capable de comprendre instinctivement le monde qui l’entoure. Il n’a pas besoin de comprendre la physique newtonienne et les formules mathématiques sous-jacentes pour savoir où va finir une balle que l’on laisse tomber ou d’un ballon de football que l’on frappe.

En revanche, l’humain est par nature bien limité dans sa compréhension de la dimension systémique, et toute allégorie ou analogie devient rapidement trompeuse et limitante.

On peut comparer un système à une machine, ou à un organisme vivant, ou un autre système. On promet de relever ou de guérir une nation avec un remède de cheval. L’économie est en bonne santé. On va faire des coupes franches dans une administration. Un bon patron se comporte en bon père de famille.… Peut-être pas exactement dans ces termes, mais dès que l’on parle de systèmes, on utilise des mots courants qui ont un sens dans le monde réel, et qui donnent l’impression que l’on comprend les systèmes et la dimension systémique.

L’individu n’est plus la bonne mesure pour comprendre cette dimension. L’individualité devient un trou de serrure par lequel on voit que certains événements, de manière partielle, et que l’on interprète mal.

  • Un papier par terre, et on pense que la ville devient plus sale,
  • Licencié, et on pense que l'économie va mal,
  • Un jour d’été plus froid, et on pense que le réchauffement climatique ce n’est pas vrai...

En prenant un pas de recul, grâce à cette perception de la dimension systémique, et on commence à voir la perception individuelle comme limitante.

Des statistiques sur une échelle de temps plus grande permettent de remettre en contexte cette perception unitaire. Mais même sans "mathématiques", s’intéresser à ce qu’il se passe autour de soi, tenter d’adopter un autre point de vue que le sien (ou d’inconnus qui nous ressemblent), lire des témoignages qui ne tomberaient pas automatiquement dans un feed ultra-personnalisé…

Autant de petites actions qui permettent de lever le voile sur la dimension systémique. Mais ce n’est pas suffisant !


Au-delà de faits et d’un changement d’échelle, il faut comprendre que la nature même de la dimension systémique est différente.

  • J’ai plus de chance de mourir d’effet secondaire suite à un vaccin contre la maladie xyz que de mourir de la maladie xyz elle-même, pourquoi me vacciner ?
  • Si je mens un petit peu sur mon CV, quel est le mal ?
  • Si je me prive, d’autres consommeront à ma place donc ça ne sert à rien de se priver…

La dimension systémique, c’est prendre en compte les actions des autres, les actions de tous. C’est rajouter un tour, puis un tour, puis tous les tours à ce jeu multijoueurs. Si je fais ça, que feront les autres ? Si tout le monde fait ça, que se passera-t-il ?

Émergence

L'eau a des propriétés différentes qu'un atome d'hydrogène ou d'oxygène. Un nuage a des propriétés différentes que l'eau. Le cycle de l'eau a des propriétés différentes que chacun de ses éléments constitutifs. C'est le principe d'émergence.

Rapporté à l'Homme, il ne suffit pas de comprendre la psychologie humaine pour comprendre la psychologie des foules. Une entreprise n'est pas "juste" un regroupement de travailleurs dans un bureau. Une nation n'est pas "juste" un empilement d'humains sur un territoire.

L'émergence explique pourquoi les systèmes sont plus qu'une version plus grande de ce que l'on observe au quotidien tout autour de nous. Et pourquoi les règles "de bon sens" sont généralement davantage le signe d'incompréhension et d'incompétence que d'efficacité d'un "bon père de famille".

Au niveau systémique, toute mesure crée des actions et des réactions, des forces et des contre-forces qui ne peuvent pas être simplement complètement prévues en analysant un élément du système en particulier. Et même avec un grand nombre d'experts qui s'attèlent à la tâche, toute simplification d'un système pour l'analyser et le prédire peut conduire à le méprendre et à manquer des éléments importants (c'est l'un des attributs de tout sujet d'étude complexe).

Donc non, nos politiciens, économistes, commentateurs ne sont pas nuls ou incompétents... c'est que les systèmes... c'est compliqué !

“Physique du système” / Règles de l’économie

Il s'agit de comprendre la “physique” qui explique les grands mouvements systémiques… et notamment comprendre la réalité d’un univers concurrentiel, où les actions des autres importent tout autant (si ce n’est plus) que mes propres actions (là, c’est l’individualisme et non plus que l’individualité qui nous limitent).

En réalité, bien peu (aucune) de nos actions individuelles sont réellement individuelles. Votre carrière et votre salaire dépendent bien plus de ce qu’ont fait les autres que vous-mêmes. Le prix de tout (de vos achats du quotidien à votre maison) dépend bien plus des actions des autres (i.e. le marché) que des vôtres.

C’est comprendre également que des phénomènes se propagent différemment que dans le monde réel, même en prenant une échelle de temps plus longue. Parfois, une augmentation de x provoque une augmentation de y. Parfois il peut y avoir des seuils “disjoncteurs”. En réalité, il peut y avoir plein d’effets et de corrélations autres que simplement linéaires !

  • Peut-être peut-on dégrader quelque chose (disons, la lecture) sans effet… jusqu’à un seuil critique où certaines choses s’effondrent,
  • On peut se permettre des petits effets inoffensifs… qui s’empilent sur des générations et qui deviennent un problème global (CO2, plastique, PFAS…)

Ce qui peut aider est justement d'aller au-delà d'un changement de perspective humaine... mais de "prendre de la hauteur" et tenter de voir ce qu'il se passe en termes de flux entre les différents éléments constitutifs du système. C'est de la sorte qu'on peut commencer à percevoir cette "économie" qui régit les échanges et définit cette "physique" propre à un système en particulier.

Cette perspective est utile pour voir les forces en présence, les (dés)équilibres, et les enjeux “supra-humains”. Un système peut prospérer même si ses éléments constitutifs souffrent (et vice-versa). Un système en réalité, se “préoccupe” bien peu d’un individu en particulier.

  • Les réseaux sociaux, qui prospèrent alors qu’ils rendent tout le monde malheureux,
  • Une économie qui célèbre la capacité de tous à pouvoir être milliardaires… quand pour un succès, combien de misère ?

Pensée complexe

Prendre en compte la pensée systémique, c’est adopter une pensée complexe.

Il y a rarement une cause pour une conséquence. C’est en réalité un enchevêtrement de causes et d’effets qui rend la responsabilité difficile à suivre. Des conséquences peuvent devenir leurs propres causes, des combinaisons de causes peuvent entrainer d’autres conséquences.

C'est aussi le domaine de la subtilité et de la nuance. Dans un débat, la question n'est pas de savoir si c'est untel OU untel qui a raison, mais plutôt de voir où ils ont raison tous les deux et dans quelles circonstances. Tout n'est pas blanc ou noir, c'est plutôt une affaire de % de gris. Ce n'est pas parce qu'on a prédit les bons effets que l'on a forcément les bonnes causes.

  • Le président de la république est en réalité bien peu responsable du taux de chômage,
  • Un PDG a peut-être beaucoup moins mérité son bonus,
  • Et il y a de grandes chances que même dans la meilleure des méritocraties, le succès de chacun s'explique bien plus par des mouvements systémiques qu'uniquement par des actions individuelles !

(la pensée complexe est plus… complexe que ça, je m'excuse auprès des puristes de l'avoir simplifiée !)

Relier à l’individu

Tous ces phénomènes (et en particulier l'émergence) peuvent pousser à penser que les systèmes sont détachés de nos vies, et que de toutes façons, "on ne peut rien y faire". Mais comprendre la dimension systémique, ce n’est pas renoncer à l’action individuelle, écrasée par des forces qui la dépassent. C’est la remettre en contexte pour savoir comment agir, seul ou à plusieurs, pour optimiser ses chances d’arriver à l’objectif.

Grâce à la compréhension de la dimension systémique, on peut comprendre de façon plus complète ce qu’il se passe. On n’est plus uniquement influencé par sa perception individuelle. On peut comprendre des enjeux plus grands pour apporter des solutions plus globales et agir en conséquence.

  • Les droits de douane qui permettront de créer de l’emploi ? Oui mais si les autres pays augmentent aussi leurs droits de douane, que se passe-t-il ?
  • Je n’ai qu’à crier plus fort pour faire entendre mes idées et gagner le débat. Oui mais si tout le monde crie plus fort, qui va vraiment gagner le débat ?
  • L’IA qui va permettre à chacun d’être 100x plus productifs ? Oui mais si tout le monde est 100x plus productifs, est-ce que tout le monde gagnera 100x plus ?
  • Manger plus de sucres, c’est mon droit ? Oui mais ça ne peut que conduire à manger de plus en plus sucré au niveau de la société avec des problèmes de santé au niveau de la société …

La compréhension de la dimension systémique, ce ne doit pas être des théories obscures réservées à certains philosophes ou statisticiens. Ce doit être un outil qui permet d’imaginer des solutions à la disposition de tous pour comprendre le monde, prévoir la conséquence de nos actions, et évaluer les promesses faites aux citoyens et aux consommateurs.


L’arme des populistes, c’est de faire des promesses qui ignorent la dimension systémique. C’est utiliser notre vision étroite de l’individualité et manipuler la nature humaine. C’est utiliser le fait qu’il y aura toujours un gagnant à la loterie pour nous faire croire que nous serons tous ce gagnant. Et qu’il suffit de réaliser plus de tirages pour augmenter nos gains individuels et collectifs.

Toutes ces promesses s’effondrent si on perçoit la dimension systémique plus clairement.

La mission des Réhumanistes est de rendre le choix personnel à nouveau possible… en se servant de la nature humaine pour la rendre plus puissante plutôt que de la manipuler.

La compréhension de la dimension systémique, c’est la reprise du contrôle des individus sur un monde qui parait hors de contrôle. C’est armer les individus face à des systèmes qui les dépassent. C’est réaffirmer la promesse des Lumières d’un individu capable d’agir sur le monde en conscience.