🫀 La nature humaine détournée
Selon le crédo libéral, via la démocratie et le libre marché, nous n'avons jamais été aussi libres et satisfaits. Tant d'options, tant d'idées, tant de produits et services...
Dans cette logique, il est aisé de blâmer le consommateur-citoyen pour les problèmes que rencontrent nos sociétés. Après tout, s'il se souciait vraiment de l'écologie, ou de la justice sociale, ou de n'importe quoi d'autre, il suffirait de choisir les options les plus écologiques, ou sociales, ou ... Et donc, à l'inverse, si nous ne dirigeons pas vers un futur plus vert, c'est simplement que la population mondiale, dans son ensemble, ne juge pas ce sujet comme suffisamment important ou prioritaire.
Ou alors, pour ceux qui sont convaincus que le problème ne se trouve pas dans la nature humaine, et pour expliquer cette dissonance entre le futur désirable espéré par tous et le futur vers lequel nous nous dirigeons, voient la faute dans des systèmes corrompus ou défaillants, qui ne traduisent pas assez bien la volonté individuelle et collective en actions globales. Et si l'on ne parvient pas à trouver des fautes ou des fautifs précis, il n'y a qu'un pas pour voir des conspirations, d'autant plus globales qu'elles soient insaisissables.
Chez les Réhumanistes, nous croyons en la capacité à chacun d'être bon et de choisir pour son propre bien tout en prenant en compte le bien des autres. Et nous pensons également que, faute de mieux, le combo libéral (démocratie et capitalisme) présente des atouts certains pour se saisir des volontés individuelles pour en faire une destinée commune.
Comment, alors, résoudre ou expliquer cette contradiction mentionnée plus haut ?
Nous postulons que nos systèmes prennent en compte la volonté des individus, mais d'une manière biaisée et tronquée. Et la faute n'est pas à trouver dans une quelconque conspiration, mais derrière peut-être une certaine insuffisance de nos systèmes, née peut-être d'une idéalisation de l'idée de libre-arbitre.
Le combo libéral repose sur le libre arbitre de chacun, exprimé en votes et en achats. Il nécessite donc un être rationnel, capable de savoir où se trouve son intérêt personnel et quelles options optimiseront sa satisfaction, en maximisant le ratio coût/bénéfice.
Dans un marché ou une démocratie idéale, l'accès a l'information est parfait, le choix parfaitement informé, et les besoins pleinement satisfaits. Bien entendu, nous ne vivons pas dans un marché ou une démocratie parfaite... mais le système peut néanmoins se contenter d'une situation un peu dégradée. Le problème n'est pas, selon nous, ici.
Le problème est peut-être à chercher dans la nature humaine elle-même.
Nous ne sommes pas que des ĂŞtres de raison - et c'est normal et acceptable.
Nous ne jugeons pas toute les options de façon impartiale, ou objective, ou de manière purement scientifique.
Nous sommes encore mus, en grande partie, par nos instincts et pensées de chasseur-cueilleur. Nous favorisons l'immédiat, le sucré, le gras et le salé, par rapport à un futur lointain et incertain - même s'il est plus satisfaisant sur la durée.
Et cette inadéquation est d'autant plus grande que notre monde devient de plus en plus complexe, notre réalité de plus en plus systémique.
Ce n'est pas parce que le consommateur se moque de laisser une planète vivable à ses enfants qu'il préférera le gadget en plastique qui ne lui apportera qu'une satisfaction limitée et temporaire. C'est parce que le cerveau humain nous conduit à privilégier le plaisir court-terme et l'immédiat !
Et sans aucune conspiration à inventer, nos systèmes se dirigent naturellement, via des tendances systémiques inéluctables, vers la satisfaction de nos désirs impulsifs, plutôt que vers des aspirations plus long-termes.
Quand il est plus facile de vendre un burger juteux qu'une botte de carottes, quand il est plus facile de pousser à consommer tout de suite plutôt que de cotiser pour sa retraite ou sa santé, quand tout est fait pour que l'on puisse évaluer notre bonheur avec un indicateur simple et immédiat... la voie de la facilité ne peut que gagner !
C'est là où la théorie du choix personnel classique peut trouver ses limites. Tant que l'option qui vise à la satisfaction plus globale et sur le long-terme nécessite une argumentation "intellectualisante" comparée au choix impulsif de court-terme, elle ne pourra que perdre !
Nous croyons fermement que la bataille ne se joue pas dans l'explication rationnelle pour faire le meilleur choix. Tant que le meilleur choix nécessite une argumentation complexe alors qu'un simple message simpliste pour l'alternative fera l'affaire, le meilleur choix ne pourra jamais triompher.
Non. Nous pensons qu'il faut "manipuler" la nature humaine, comme nos systèmes le font déjà si bien pour nous faire faire le mauvais choix. En réalité, nous pensons que la solution viendra de la capacité donnée à chacun de "s'auto-manipuler" pour rééquilibrer notre perception du futur (et contrebalancer d'autres penchants).
Comment ?
Grâce à une technologie Réhumaniste : une technologie qui n'est pas désignée pour nous faire consommer plus et voir plus de pubs, mais pour adapter notre perception du monde à notre avantage.