La surabondance de biens et d’idées, fausse alliée

La surabondance de biens et d’idées, fausse alliée

Nous vivons dans un monde d’abondance.

Non seulement parce que nos sociétés n’ont jamais produit et proposé autant de biens, de services et d’idées, mais aussi (et surtout) parce qu’elles ne peuvent fonctionner que grâce à cette abondance.

→ Libre concurrence, garante des bons produits aux bons prix : abondance.

→ Alternance politique, garante de nos libertés démocratiques : abondance.

→ Diversité de la presse, garante d’un débat citoyen sains : abondance.

L’abondance, peut-être cause et effet de notre mode de vie, est toujours perçue comme une chose positive. Les penseurs qui ont donné naissance à nos sociétés modernes vivaient dans un monde de pénurie et de contraintes. Limitation de l’accès au savoir, limitation de l’accès à certaines professions, limitation à la richesse et à la consommation. L’abondance était alors un privilège réservé à certains… il s’agissait donc de la rendre accessible à tous. À la fin du 18ème siècle, jamais on n’aurait pu imaginer arriver à des niveaux d’abondance auxquels nous sommes aujourd’hui.

Et peut-être est-ce pour cela que nous ne pouvions pas imaginer que l’abondance puisse être un problème. Que l’obésité devienne un problème sanitaire plus grave que la famine est une “invention” du 20ème siècle, que le 21éme semble bien en voie de perdurer.

Et à vrai dire, on peut se demander si nous ne devenons pas obèses de tout : de nourriture bien sûr, mais aussi d’informations, de divertissement, de consommation, d’options pour tout.

Nous sommes en réalité entrés dans l’ère de la surabondance.
Une ère dans laquelle nous avons tellement d’options, qu’il est humainement impossible de toutes les connaître, les comprendre et les évaluer pour faire le bon choix.

Et c’est là que l’abondance joue alors contre nous, individus - chose impensable il y a quelques siècles de cela. Parce que nous ne pouvons plus évaluer toutes les options qui se présentent à nous, “abondépassés” par cette profusion de choix, nous commençons à ne plus pouvoir choisir pour notre propre intérêt.

Face à des rayons de supermarché infinis, des stands de journaux infinis, un nombre de chaînes de TV infini, … nous laissons d’autres forces choisir pour nous. En ligne ou hors ligne, des algorithmes, qui ont d’autres intérêts que les nôtres, nous proposent alors une version déformée, limitée, biaisée de l’océan des options possibles.

Offerte au plus offrants, cette vision du monde nous donne l’illusion de l’abondance, l’illusion du choix, l’illusion du libre arbitre. Pour au final nous faire “choisir” ce que d’autres ont décidé pour nous. L’abondance n’est plus la condition de notre liberté, la surabondance est au contraire le vecteur de manipulations et de contraintes.

Pour redonner le choix (et le pouvoir) aux individus face à la surbondance, il faut viser Facilitation, et non simplification via une technologie de confiance.

La facilitation permet de trouver la meilleure option, quelques soient les variables considérées (celles qui sont importantes pour celui qui effectue le choix, en fonction des critères qu’il faut optimiser). Alors que la simplification, au contraire, limite et manipule le choix. Il ne peut y avoir de réelle facilitation qu’en proposant des algorithmes transparents, manipulables et contrôlables par tous.

En d’autres termes, l’IA générative ne peut pas être la voie des Réhumanistes contre la surabondance. Au contraire, en permettant de créer du contenu non vérifié au kilomètre, elle contribuera plus que jamais à la surabondance, sans donner de réels moyens d’armer l’individu contre le phénomène.

Toute solution technologique redonnant le pouvoir à l’individu doit permettre de gérer la profusion d’options, sans choisir ou contraindre pour l’utilisateur. C’est la condition sine qua non à une véritable technologie de confiance.