CO2, fake news : même combat ?

CO2, fake news : même combat ?

Nos démocraties souffrent d’une crise de la vérité.

Sur le papier, on a plus d’outils que jamais pour s’informer, pour échanger, pour se connecter. Et pourtant on vit une crise de l’information et une crise démocratique. On ne sait plus se parler, on ne sait plus quoi croire, on ne sait plus qui a raison.

Et si la crise de la vérité reposait sur les mêmes dynamiques que la crise écologique ?

Les problèmes de la lutte pour l'environnement

Résumé en des termes capitalistes, la crise environnementale consiste en des ressources qui apparaissent comme illimitées, avec des avantages à leur exploitation immédiats et un “coût” à payer hypothétique, inconnu, et … qui seront à payer plus tard, par d’autres.

L’exploitation du fondement de nos écosystèmes (qui n’a pas de prix) est tellement insignifiante que nous allons probablement en perdre une grosse partie (jusqu’à menacer notre survie ? ou en tout cas celle de notre mode de vie) pour consommer plus de trucs en plastique qui nous apportent une joie relativement modérée et de courte durée.

C’est ce que les anglophones appellent “death by a thousand cuts”, qu’on pourrait traduire de façon peu satisfaisante en “mort à petit feu”.

Pourquoi cette crise perdure, si (presque) tout le monde sait que ce n’est pas souhaitable, durable, juste ?

Justement par cette “mort aux 1000 coupures” : il n’y a pas UN responsable, mais nous tous. Il n’y a pas une action, mais des millions. Et les inconvénients sont jugés trop dérangeants. On sacrifie quelque chose qui n’a pas de prix pour des “trucs” en plastique sans valeur, même si tout le monde sait qu’il faudrait changer. C’est l’équation aberrante de la crise écologie, rendue possible par cette dilution des effets néfastes et des responsabilités qui les rend acceptables.

Et la crise de la vérité peut être expliquée par cette même équation aberrante !

La confiance et la vérité sont des éléments constitutifs de notre nature humaine et sont indispensables à notre vie en société. Le fait qu’elles soient omniprésentes et vitales nous les font oublier, comme l’air pur ou l’eau saine.

Sans confiance, il ne peut pas y avoir de tribu. Il ne peut pas y avoir d’information. Il ne peut pas y avoir de commerce. Sans vérité partagée, il ne peut pas y avoir de consensus - sur les problèmes et sur les solutions.

Historiquement, nos sociétés se sont développées pour tenter de préserver ces deux éléments, même si on ne les appelait pas exactement comme ça.

La “vérité” a toujours été une quête compliquée, surtout dans les démocraties, entre volonté de limiter les mensonges tout en ne tombant pas dans les excès de la censure ou du dogme. Mais à travers des procédés divers, de la publication scientifique jusqu’aux droits et devoirs d’une presse indépendante, nos sociétés analogiques avaient mis au point des méthodes qui avaient le mérite d’exister, même si elles étaient imparfaites.

La vérité repose aussi sur la confiance. Et la confiance sur la réputation. Pas la réputation “réseau social style” en mode nombre de followers ou de likes, mais la réputation à l’ancienne “est-ce que ce gars est crédible pour dire ce qu’il dit ou faire ce qu’il fait”. Là encore, de nombreux procédés et systèmes ont été développés pour permettre l’une et l’autre. Avec d’abord un système d’identité (ou l’usurpation d’identité est un délit), et l’existence d’éléments vérifiables comme des diplômes pour témoigner d’une expertise ou d’une qualité.

Tous ces systèmes fonctionnent de pair et sont censés se renforcer… mais si et seulement si chaque système est effectivement appliqué (par des juges, par une guilde, par une communauté, par la société en général). Si un journaliste dit n’importe quoi, c’est non seulement sa réputation mais aussi son job qui est en jeu. Et comme les journalistes forment une corporation qui ont intérêt à maintenir leur crédibilité collective, il ne suffit pas à un journaliste viré pour avoir dit n’importe quoi pour changer son nom et trouver un autre journal pour continuer à dire des inepties.

Ce sont des éléments essentiels à nos sociétés - tout autant qu’un air respirable ou une eau saine. À ce titre, ils n’ont pas de prix.

Les fake news sont le symptôme d’un phénomène d’érosion des systèmes de confiance et de vérité qui avaient été mis en place pendant des générations, pour que certains puissent faire du profit. Ce sont le CO2 de la crise de confiance et de vérité. La montée des extrêmes et la désinformation, d’un monde qui parait incompréhensible et hors de contrôle, notre sentiment qu’on ne peut rien faire, c’est le réchauffement climatique de la confiance et de la vérité.

Comme pour la crise écologique, nous vivons l’effondrement de la vérité “par 1000 coupures”.

Chaque commentaire de mauvaise foi, chaque article un peu trompeur, chaque publicité trop enthousiaste… érode notre rapport à la vérité et dissout petit à petit notre confiance. Chaque action est insignifiante en soi, mais s’accumule petit à petit pour créer un monde où l’on ne sait plus qui croire et quoi penser. La vérité est activement exploitée par certains pour des profits risibles comparés à l’érosion des fondations de nos sociétés, mais le coût est payé par nous tous, sans même que nous ne nous en rendions compte. Chacun est encouragé à ces petites et moins petites entorses à la vérité, parce que c’est profitable, confortable, facile. Et toute mesure ou action pour les limiter est contraignante, désagréable, compliquée (et coûte de l’argent).

Les solutions existent, comme elles existent pour la crise écologique. Mais rien ne pourra se produire sans une urgente prise de conscience collective. Cette prise de conscience est d’autant plus difficile que le problème est partout tout en étant invisible, et que les effets néfastes sont critiques mais diffus.

N’attendons pas qu’il soit trop pour réaliser que la confiance et la vérité sont les fondements de notre vie en société et doivent être sauvées à tout prix.


La crise de la vérité (et la crise écologique) ne peut être résolue que si nous intégrons une pensée systémique.

Cette crise de la vérité est l'un des aspects de la crise du choix, que tentent de résoudre les Réhumanistes.